Affaire du Banksy volatilisé : l’art urbain au pied du mur

banksy

Banksy, Slave Labour, 2012, Londres.

Par Sophie de Veyrac, Fin’Art Consulting.

De Londres à Miami, une affaire qui fait grand bruit dans le monde de l’art cette semaine : un pochoir de Banksy qui disparaît mystérieusement de son mur londonien pour réapparaître quelques jours plus tard sur le site d’une maison de vente aux enchères à Miami[i].

L’œuvre en question, Slave Labour, réalisée en mai dernier par Banksy, artiste incontournable du street art, représente un enfant fabriquant une guirlande d’Union Jacks sur une machine à coudre. L’artiste dénonçant le travail des enfants avec un sarcasme bien reconnaissable…

L’œuvre, qui fait la couverture du catalogue de la vente « art moderne, contemporain et street art », sera présentée aux enchères le 23 février prochain par la maison FAAM, avec une estimation de 500 000 – 700 000 $ (soit 375 000 – 525 000  €)…

Peut-on alors vraiment « voler » les œuvres de Street Art en toute impunité?

La question qui se pose pour le Street Art en général est de savoir qui peut se prétendre propriétaire de ces œuvres. En effet, une œuvre créée dans la rue n’appartient à personne, si ce n’est aux propriétaires des murs…

Et c’est effectivement le propriétaire de ces murs qui aurait mis en vente le pochoir de l’artiste, comme le souligne dans Le Point[ii]  le commissaire-priseur de la vente, Frederic Thut :

« L’œuvre en question a été mise en vente par le propriétaire du mur qui sert de support matériel à l’œuvre. En conséquence, il est inexact de prétendre que l’œuvre mise en vente serait une œuvre volée. Comme tout propriétaire d’une œuvre d’art, quel que soit son support (toile, panneau, mur…), le propriétaire de cette œuvre est libre de la mettre en vente. Ni l’artiste, qui d’ailleurs en l’espèce ne se manifeste pas, ni les tiers, n’ayant aucun droit sur cette œuvre, ne peuvent s’y opposer. »

Mais dans ce cas, même si la vente est légale, cette œuvre issue du street art est logée exactement à la même enseigne (juridiquement du moins) que le serait un vulgaire pan de mur… Aucune vraie législation n’existant pour l’art urbain, la solution serait-elle alors de cadrer, règlementer, c’est à dire légaliser cette forme d’art qui par nature est illégale et officieuse?

Patrimonialiser le Street Art pourrait alors être une solution à ces dérives… Mais ne serait-ce justement pas renier son essence ?

Comme le souligne Magda Danysz (galeriste) « Une patrimonialisation systématique n’est, je crois, ni possible ni souhaitable : ce serait mettre sous cloche ces œuvres et les aseptiser. »[iii]

Note du 24/02/13 : Slave Labour a finalement été retirée de la vente juste avant le début des enchères. Aucune explication n’a pour l’instant été donnée. Les habitants du quartier de Wood Green à Londres espèrent bien un retour de l’œuvre sur son mur londonien… L’artiste lui même n’a pas voulu réagir sur le sujet, mais à la question posée par un internaute sur son site Internet [iv] : « What do you think about the auction houses selling street art? » l’artiste de répondre par une célèbre citation de Henri Matisse : « I was very embarrassed when my canvases began to fetch high prices, I saw myself condemned to a future of painting nothing but masterpiece »

 


[i]  Fine Art Auctions Miami (FAAM) http://www.faamiami.com/

[ii] Le Point, Frederic Thut, auctioneer FAAM, Droit de réponse à l’article du 20/02/13 http://www.lepoint.fr/culture/de-londres-a-miami-la-mysterieuse-affaire-du-banksy-vole-20-02-2013-1630220_3.php

[iii] Le Point, Marion Coquet, Interview de Magda Danysz. Banksy volé : à qui l’art urbain appartient-il ? 20/02/2013 http://www.lepoint.fr/culture/banksy-vole-a-qui-l-art-urbain-appartient-il-20-02-2013-1630193_3.php

[iv] http://www.banksy.co.uk/QA/qaa.html

Sources :

Les Inrocks, Carole Boinet, Vente “illégale” d’un Banksy: mais à qui appartient une œuvre de street art? 20/02/2013 http://www.lesinrocks.com/2013/02/20/actualite/vente-illegale-dun-banksy-a-qui-appartient-une-oeuvre-de-street-art-11363421/

Le Point, Marion Coquet, Interview de Magda Danysz. Banksy volé : à qui l’art urbain appartient-il? 20/02/2013 http://www.lepoint.fr/culture/banksy-vole-a-qui-l-art-urbain-appartient-il-20-02-2013-1630193_3.php

Le Point, Marion Coquet, De Londres à Miami : la mystérieuse affaire du Banksy volé. 20/02/2013 http://www.lepoint.fr/culture/de-londres-a-miami-la-mysterieuse-affaire-du-banksy-vole-20-02-2013-1630220_3.php

Exponaute, Laura Heurteloup, Le vandalisme vandalisé : un mur de Banksy mis aux enchères 22/02/2013 http://www.exponaute.com/magazine/2013/02/22/le-vandalisme-vandalise-un-mur-de-banksy-mis-aux-encheres/

Comments
One Response to “Affaire du Banksy volatilisé : l’art urbain au pied du mur”
  1. annemaurice dit :

    Un point de vue interessant et j’apprecie bien ton article. Depuis longtemps je suis facinee par l’art urbain avec graffiti et j’adore toutes les photos street art
    http://www.bimago.fr/tableaux-photo/art-urbain.html

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